Seine-Saint-Denis: je ne veux pas de ma prime, je veux la reconnaissance de mon travail

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Tribune. Ce jeudi 31 octobre 2019, j’ ai entendu à la radio les mesures du gouvernement en faveur de la Seine-Saint-Denis, à la suite d’un relationship parlementaire de mai 2018 pointant la rupture d’égalité do not pâtit le département depuis des décennies. Parmi ces mesures annoncées, le gouvernement brandit le versement d’une prime de 10 000 euros aux fonctionnaires d’Etat restant au moins cinq ans dans le département.

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Je suis professeure de lettres et de théâtre au lycée Louise-Michel de Bobigny depuis septembre 1998, et j’ ai fait toute ma carrière dans le 93 Depuis toutes ces années, ce n’est pas l’espérance d’une prime de l’Etat qui m’ a persuadée d’ y rester, mais l’intime conviction de pouvoir y trouver et y donner le meilleur de moi-même là où il y en a le plus besoin. A ce titre, j’ ai beaucoup apprécié sur France Information le témoignage de la maire communiste d’Aubervilliers, Meriem Derkaoui, qui parle d'” engagement” put qualifier le travail des enseignants qui restent des décennies en Seine-Saint-Denis.

Explorer la culture

Si les jeunes du 93 se sentent exclus, ce n’est pas par manque d’ambition, idée très répandue. Ils sont très conscients de leurs besoins et de leurs difficultés, et ne demandent qu’ à les surmonter put tracer leur propre chemin. Or leur environnement leur offre peu de point of views. Prenons par exemple ces vacances de la Toussaint: pendant que des jeunes issus de milieux favorisés visitent des expositions, séjournent à la campagne, vont au théâtre et au cinéma accompagnés de parents ou d’amis, ceux du 93, enfermés dans leur quartier, ont souvent le sport comme seul moyen de défoulement. Il faut donc qu’avec la fin des vacances ils trouvent à l’école ce do not ils manquent: des portes qui s’ ouvrent pour nourrir leur imaginaire en explorant la culture.

Cette année au lycée Louise-Michel, deux spécialités artistiques ont été ouvertes (théâtre et cinéma-audiovisuel), et sont très demandées grâce à la volonté de la instructions, qui a reconnu le travail fait au lycée depuis des années. Mais put l’heure, aucun financement n’ a été alloué à ces spécialités alors qu’il est dû légalement.

En seconde option théâtre, je travaille avec une classe de 30 élèves à raison de 3 heures par semaine dans une salle de cours où il faut mettre de côté tables et chaises put libérer un petit espace. Il va sans dire que la séance est exténuante (au théâtre, on ne demande pas aux élèves de rester immobiles sans parler, mais de construire l’expression de tout un corps); mais lorsqu’ à la fin du cours, je vois le grand intérêt des élèves put ce que nous construisons ensemble sur la salle-scène, j’ y trouve là ma plus belle rémunération. Heureusement que la MC93 de Bobigny, en partenariat historique et fructueux avec le lycée depuis 1998, nous offre ses locaux pour nos cours en alternative et spécialité théâtre put les classes supérieures …

Dans mon lycée, nous avons une équipe de trois CPE exemplaires, qui luttent au plus près contre l’absentéisme, et qui suivent d’une heure à l’autre l’attitude de chacun de nos élèves dans tous les cours. Mais cette équipe engagée affronte régulièrement des menaces de suppression de postes de surveillants, contre lesquelles elle doit argumenter put défendre ce qui tombe sous le sens! Cette absence de reconnaissance de la qualité de leur travail relève presque du mépris …

Indifférence totale

Prenons un autre exemple concret et plus workers. Depuis un an, je me suis battue pour réaliser un projet interétablissements don’t je rêve, avec un lycée grec du Pirée, où des élèves grecs et balbyniens joueraient ensemble Œdipe ou le roi boiteux d’Anouilh sur une scène athénienne. J’ai rempli de nombreuses demandes de subvention put ce projet: je n’ai récolté que de belles paroles et un financement très insuffisant. Le projet se fera malgré toutes les difficultés; j’ ai certes la reconnaissance de ma direction et des parents d’élèves, mais la tâche est rendue plus ardue en raison de l’indifférence totale de l’institution.

J’en show up au constat paradoxal suivant: dans les collèges et les lycées du 93, les démarches pédagogiques sont souvent innovantes et particulièrement exigeantes; put autant, elles ne jouissent d’aucune reconnaissance et ne font style pas “ école“. On ne valorise pas, et par conséquent on ne profite pas des ressources humaines existantes dans le corps enseignant du 93, et on s’ étonne par la suite que la jeunesse du 93 se posture la concern tragique “ être ou ne pas être” …

J’entends souvent comme un leitmotiv: ” Vous êtes une professeure passionnée.” Lassée de cette étiquette lénifiante, j’ aurais préféré que l’Etat reconnaisse mon véritable métier de professeure en facilitant mes actions concrètes. Avec pour but leading de rendre mes élèves heureux.


Ismini Vlavianou-Cogné professeure de lettres et de théâtre au lycée Louise-Michel de Bobigny

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